+11%

de locuteurs quotidiens

dans le monde entre

2014 et 2018

(+22 millions sur la planète « naître et vivre aussi en français »)

À long terme, et en se basant sur les projections démographiques de l’ONU, la population des pays ayant le français comme langue officielle dépassera celle des pays réunis par d’autres langues officielles communes : l’allemand, le portugais, l’espagnol et même l’arabe (voir l’étude « Tendances démographiques comparées de six espaces linguistiques » – extrait LFDM-2014).

La langue française au sud

En Afrique, le français coexiste avec de nombreuses langues nationales, mais aussi avec l’anglais, l’arabe, l’espagnol ou le portugais. Les dynamiques linguistiques qui s’instaurent entre ces différentes langues dépendent à la fois des locuteurs, mais aussi de l’image qu’ils ont des différentes langues en présence (voir « Le français : l’idée que s’en font ses locuteurs »).

Concernant l’image de la langue française, si plusieurs points communs caractérisent les opinions qu’en ont ses locuteurs africains, quel que soit le milieu auquel ils appartiennent (Fonction publique, lycées ou entreprises), des associations en apparence contradictoires font ressortir la complexité du rapport qu’entretiennent les populations avec cette langue. À titre d’exemple, l’idée selon laquelle le français serait une langue compliquée est plutôt rejetée par les francophones, les affaires ou même le travail ne lui sont que rarement associés, même si elle peut être jugée « moderne » et « riche » comme par les lycéens béninois par exemple.

Le français vu par les lycéens béninois

Graphique de la représentation : français (Lycéens béninois)

Compte tenu de la vitalité démographique et des progrès de la scolarisation en Afrique, et grâce au statut de langue d’enseignement du français, le nombre de francophones y connaît une forte croissance : +17% entre 2014 et 2018 pour la seule Afrique subsaharienne. Avec, parfois, des gains supérieurs de locuteurs de français, tant en pourcentage qu’en nombre d’individus, dans certains pays : Burkina Faso, Gabon, République démocratique du Congo…

Si les prévisions les plus optimistes laissent à penser que nous pourrions compter près de 767 millions de francophones en 2065, dont 85% résideraient en Afrique, il faut se garder de toute euphorie. Comme nous le répétons depuis 2010, les conditions minimum à réunir pour une progression du nombre de francophones en Afrique sont :

• le maintien du français comme langue d’enseignement ;

• le renforcement de la qualité de l’enseignement pour une maîtrise effective du français ;

• la poursuite des progrès de la scolarisation des enfants.

Dans le cas contraire, une stabilisation des pourcentages actuellement relevés dans la plupart des pays d’Afrique dite francophone conduirait plutôt au nombre de 370 millions de locuteurs de français…

La question des usages réels du français, notamment dans la sphère privée et celle de la transmission de cette langue au sein des foyers deviennent également centrale dans l’appréhension de l’avenir de cette langue. Une série d’études inédites sur le sujet permet d’être plutôt optimiste comme le montre une première synthèse des résultats réalisée par l’Observatoire de la langue française.

Vous surestimez le nombre de francophones africains !

Ce reproche quelquefois avancé par ceux qui n’ont souvent pas pris la peine d’examiner la méthodologie employée mérite néanmoins une réponse. Le dénombrement des francophones en Afrique a été réalisé à partir de deux méthodes : soit par une estimation « directe » des francophones à partir des recensements et enquêtes qui contiennent des informations spécifiques ayant trait au français comme langue lue et écrite par les individus, soit par une méthode « indirecte » qui vise à estimer, dans les pays africains où le français est la principale langue d’enseignement, la proportion de personnes capables de lire et écrire en français. La méthode dite « indirecte » adopte la démarche suivante : il s’agit d’estimer le nombre de personnes alphabétisées en français à partir de deux informations qui d’emblée ne nous renseignent pas directement sur les compétences linguistiques des individus, soit le nombre d’années d’études et l’âge des individus. Cette méthode d’estimation indirecte a l’avantage de permettre l’exploitation de données d’enquêtes (les enquêtes démographiques et de santé – EDS) pour lesquelles aucune information sur la connaissance de la langue française n’a été colligée. Ainsi, dans les pays où le français est la seule langue d’enseignement, le nombre de francophones correspond à la population alphabétisée durablement en français. Évidemment, le niveau de compétence varie en fonction du nombre d’années d’études, mais Moussa Bougma (2010) a mis en évidence que près de 95 % des individus ayant cinq ans d’études sont habituellement considérés comme aptes à lire et à écrire en français.

Vous sous-estimez le nombre de francophones en Afrique !

Autre critique émanant le plus souvent de personnes se fondant sur une intuition issue de leur expérience personnelle, cette accusation repose sur l’idée que de nombreux Africains seraient capables de comprendre le français et de s’exprimer, même sommairement, dans cette langue même s’ils n’ont pas fréquenté l’école. Or, en étudiant de près le cas de 15 pays – extrait LFDM-2014, on constate que, dans l’ensemble, en définissant les francophones par l’alphabétisation en français plutôt que par la capacité à parler ou comprendre cette langue, on sous-estime de moins de 2 points de pourcentage les proportions de francophones à Cotonou, Brazzaville, Conakry, Kinshasa et de 4 à 5 points de pourcentage à Ouagadougou et à Libreville. Bref, dans ces villes, notre définition à partir de la capacité à lire et écrire en français recouvre de 92 % à 99 % des francophones définis plutôt à partir de la capacité à comprendre et à parler le français. Seules exceptions constatées, certaines grandes villes situées dans des pays où aucune langue nationale suffisamment partagée ne remplace le français comme vecteur de communication entre des locuteurs de langues maternelles différentes, qui voient la proportion de « francophones analphabètes » relativement importante. Ainsi, à Yaoundé, Douala et Abidjan l’expression et la compréhension orale du français sont relativement bien maîtrisées par des populations qui se déclarent par ailleurs incapables de lire et d’écrire cette langue. Ainsi, la définition de la population francophone à partir de la maîtrise écrite et lue de la langue française aurait pour effet de soustraire de 10 à 15 % des individus qui déclarent parler et comprendre le français.

Français lu et écrit
Français parlé et compris
oif_go_further_icoPour aller plus loin…